De Zerbi, la mise sous tutelle

Éliminé de manière rocambolesque de la phase de groupes de la Ligue des Champions, Roberto De Zerbi est aujourd’hui un entraîneur menacé. Celui qui a eu les pleins pouvoirs, et des moyens financiers hors normes, ne semble pas avoir construit quoi que ce soit après dix-huit mois de règne. Est-il possible que l’entraîneur olympien change radicalement son approche ? Faut-il tourner la page De Zerbi à l’OM ?

« J’ai envie de stabiliser l’OM. Je veux que mon équipe se stabilise sur un schéma tactique et trouve de la continuité ». Ces mots, prononcés par Roberto De Zerbi lui-même, résonnent aujourd’hui dans le vide. Après trente compositions différentes en trente matchs cette saison, ce qui ressort des acquis actuels de l’OM se rapproche davantage du chaos que de la construction sportive. C’est d’ailleurs l’ambiance globale instaurée depuis quelque temps. Plus attaché à lire et regarder ce qui se dit sur lui dans toutes les rédactions, De Zerbi estime qu’il ne peut pas être critiqué. Il ne peut pas perdre de match non plus, quand l’OM perd ce sont ses joueurs qui ont perdu. « Manque de caractère » «  manque d’envie », tout y passe et pour presque tout le monde. Presque, car De Zerbi estime aussi que certains de ses joueurs sont intouchables. Il estime.

De Zerbi ne regarde pas le contenu, il n’en a rien à faire, quand De Zerbi estime c’est forcément la réalité. Que ce soit Balerdi, aussi à l’aise avec le brassard de capitaine qu’un bloc de béton en chausson de danse, ou Hojbjerg commandant du Titanic sur la pelouse de Bruges ce mercredi soir, les deux joueurs symbolisent le naufrage de l’approche de Roberto De Zerbi. De Zerbi a estimé que Balerdi était le capitaine parfait de l’OM, De Zerbi a estimé que Greenwood était davantage un problème sportif que Hojbjerg, et ceux qui ne comprennent pas sont des faibles. Comment lui, l’enfant prodige du football, pourrait se tromper. Il a été un Ultra, il a une passion sur le banc de touche, et il amène le football partout où il passe. C’est d’ailleurs pour ces raisons qu’il est rémunéré à hauteur de 7 millions d’euros par an, qu’un staff aussi nombreux que Disneyland un dimanche lui est accordé, et que le naufrage européen de Bruges ne lui a pas encore coûté son poste. Oui, mais pas uniquement.

Tactiquement, 18 mois résumés au néant

Pas uniquement, car De Zerbi a également été embauché pour permettre à l’OM de franchir un cap tactiquement. Marseille a quasiment tout connu dernièrement, un entraîneur fougueux sans approche tactique, un entraîneur rigoureux avec une approche restrictive, un entraîneur sans caractère mais avec une idée construite, et si tout cela a permis à l’OM d’avancer tant bien que mal au fil des espoirs et des désillusions cette fois devait être l’évolution. L’avancée. Le désastre de Bruges est venu rappeler une réalité impitoyable : Roberto De Zerbi n’a rien construit tactiquement en 18 mois. A 4 derrière lors de ses passages à Sassuolo, au Shakhtar, et à Brighton, De Zerbi n’arrive plus aujourd’hui à aligner la moindre cohérence dans ses compositions d’équipe.

C’est à se demander s’il avait réellement la charge des animations tactiques de ses équipes. Quand on regarde le Brighton du génial Hürzeler aujourd’hui, pourtant amputé de tous les atouts individuels du passé, on a envie de comprendre que De Zerbi était une vitrine pour un projet de communication. Vouloir la possession du ballon, insister pour que Balerdi garde le ballon des heures au fil des semaines, mettre Weah à tous les postes possibles à droite à gauche, tous ces préceptes n’ont absolument jamais trouvé de cohérence sur le terrain. Aujourd’hui, l’OM n’a ni de schéma tactique préférentiel, ni un onze de départ titulaire. Chose qui pourrait être audible après un mois d’un nouveau cycle, mais chose qui prend plutôt la forme d’une escroquerie totale après 18 mois.

Les Mercato, une boulimie incontrôlée

Roberto De Zerbi a obtenu, en 18 mois, ce qu’aucun entraîneur n’avait eu sur les années précédentes : un investissement extrêmement lourd sur le marché des transferts. Le propriétaire Franck McCourt a consenti des efforts financiers pour accorder à un entraîneur qu’il estime, le loisir de bâtir une équipe compétitive sur tous les tableaux. Il ne s’agissait pas de gagner la Ligue des Champions cette saison, mais sortir au 1er tour avec Pafos, l’Union Saint Gilloise, et Karat, ce n’était pas non plus l’idée. Medhi Benatia, directeur sportif de cet OM, a un œil plutôt aiguisé et les joueurs arrivés dernièrement possèdent tous des qualités individuelles évidentes. Le problème, en réalité, c’est que les joueurs s’empilent les uns après les autres sans la moindre idée de leur utilisation collective. l’OM ne recrute pas en prévision d’une idée tactique, l’OM recrute pour animer des fenêtres de Mercato. Pas certain que cela suffise à un propriétaire qui au-delà de signer des chèques aimerait comprendre pourquoi il les signe.

Aujourd’hui, pourtant, l’environnement de l’OM est prêt à concéder du temps. Ce qui n’a pas toujours été le cas. Cela a été signalé, et cet univers bouillonnant du Sud de la France a compris que la stabilité pouvait être un atout. Les seuls qui ne l’ont pas compris sont aux commandes du secteur sportif de l’OM actuellement, ce qui vous en conviendrez n’est pas évident. Roberto De Zerbi est-il incapable de comprendre que ce qui est attendu de lui est une évolution par le jeu ? Et que pour cela il doit trouver une identité dans sa mise en place tactique ? Faut-il expliquer à De Zerbi qu’un latéral gauche doit être gaucher ? Qu’un joueur comme Paixao est un atout offensif différent de ce qu’il a aligné contre Bruges ?

De Zerbi, stop ou encore ?

En somme, la question aujourd’hui est la suivante : faut-il recruter quelqu’un dans le staff pour imposer des mises en place tactiques ? La question est totalement incroyable et pourtant bien réelle. La deuxième interrogation qui découle de cela : cette personne demandera-t-elle les 8 millions annuels de l’entraîneur de l’OM ?

Au-delà du marasme tactique et financier, la question de la confiance entre De Zerbi et son groupe de joueurs se pose aujourd’hui. Ceux qui ont longtemps voulu croire être entraîné par quelqu’un qui leur permettrait de dépasser les limites et les sommets, peuvent actuellement se demander si une autre solution ne serait pas plus adaptée à un contexte qui demande de l’ambition mais aussi une vision concrète des mises en place. En acceptant les mises au vert, en acceptant des statuts basés sur des critères autres que le performance, les joueurs ont démontré une capacité à se mettre au niveau dans leur approche professionnelle. Désormais, la question de la capacité professionnelle se pose en italien.

Encore engagé pour la course au podium en Ligue 1, et en Coupe de France sans le PSG, l’OM doit certainement essayer de terminer la saison dans les conditions actuelles. Pour espérer que Roberto De Zerbi puisse répondre aux interrogations concernant sa capacité professionnelle, et puis tout simplement pour éviter des indemnités de licenciement monstrueuses. De Zerbi l’a répété : « si je ne peux plus apporter alors je partirai », alors il faut attendre. Ou alors c’était une autre pirouette médiatique de l’enfant du football.

Emmanuel Trumer