OM : La meilleure façon de prédire l’avenir, c’est de l’écrire

Touché par une fin de saison très compliquée sur le plan sportif, l’Olympique de Marseille connait également des remous au sein de ses sphères dirigeantes. Le propriétaire Franck McCourt s’est exprimé et si le flou global demeure épais, il est tout de même possible d’imaginer la suite à Marseille. Tout du moins, plusieurs possibilités. L’échec du projet mené par le trio De Zerbi, Benatia, Longoria a été acté et des trois hommes qui avaient pour mission de ramener de la grandeur et de la joie au peuple marseillais il n’en reste qu’un. En intérim jusqu’à cet été.

Ce devait être le projet qui allait permettre à l’OM de franchir un cap, un projet ambitieux financièrement et un projet mené par des hommes qui allaient faire basculer Marseille dans une nouvelle dimension sportive. Pablo Longoria s’est appuyé sur un directeur sportif qui a été un ancien footballeur pro à la carrière très honorable, et Medhi Benatia a recruté Roberto De Zerbi, un entraineur dont les résultats en Premier League devaient être un gage de réussite. Moins de deux ans après cette mise en place, le constat est sans appel : un projet extrêmement cher financièrement, et une réussite sportive proche du néant. La fin de l’aventure ressemble même davantage à Game of Thrones plutôt qu’a La petite maison dans la prairie.

D’un point de vue sportif, la catastrophe s’est matérialisée après l’élimination en phase de groupes de la Ligue des Champions (par le gardien de Benfica à la 95e minute sur un autre terrain), puis une nouvelle humiliation face au Paris Saint-Germain en Ligue 1. N’acceptant pas d’être au milieu de ce marasme, Medhi Benatia a alors décidé d’organiser une petite révolution : il s’est chargé du départ de Roberto De Zerbi, avant de s’occuper de celui de Pablo Longoria. Seul aux commandes, il a alors pu mettre en place l’arrivée de l’entraineur actuel de l’OM Habib Beye. Dans une dernière bataille menée vers Winterfell, le royaume de Game of Thrones, Medhi Benatia a même tenté d’imposer le nom du prochain Président du club olympien. De la prochaine Présidente en l’occurence, puisque l’idée était de reconstituer l’équipe du Red Star avec l’intronisation de Pauline Gamerre. Et par la même occasion de continuer avec le fonctionnement sportif actuel. Une hérésie tant il est mauvais.

La ficelle est devenue trop grosse, et le propriétaire Franck McCourt a sifflé la fin de la récréation. Un coup d’Etat dont le Burkina Faso pourrait être jaloux, mais qui au final n’a pas amené de meilleurs résultats. Avec Benatia seul aux commandes, et Beye perdu tactiquement au milieu du marasme, l’OM a été éliminé de la Coupe de France par Toulouse et est en train de laisser filer sa qualification directe pour la prochaine Ligue des Champions après une défaite à domicile contre Lille. Jusqu’au bout, le projet mené par la direction sportive actuelle aura été un enchainement de mauvais choix et de mauvais résultats. L’intervention médiatique de Franck McCourt est venu acter la fin du cirque actuel autour de l’OM, en même temps que l’échec des deux dernières saisons.

Un projet chaotique se termine, quelle est la suite ?

Avec des transferts onéreux et des salaires extrêmement chers, la santé financière de l’OM va évidemment dépendre d’une éventuelle qualification pour la prochaine Ligue des Champions. McCourt a d’ores et déjà annoncé qu’il était ouvert à l’arrivée de nouveaux investisseurs, mais cela est en réalité un plan de communication. Si un acheteur veut reprendre l’OM, alors McCourt est prêt à discuter autour du prix que le propriétaire américain veut tirer d’une vente du club. Est-ce que cela peut arriver rapidement ? Personne ne peut le savoir, car les discussions (avant un processus de cession) ne sont pas publiques. Des offres vont arriver, certainement en dessous du prix demandé par McCourt, et il est le seul à décider pour cette question. Le propriétaire peut continuer à diriger l’OM, mais alors il lui faudra être très bon sur les futurs choix. Lui qui n’est pas spécialiste de foot, va devoir comprendre et choisir rigoureusement la qualité de ses prochains exécutants.

L’avenir de l’OM va donc déprendre des moyens financiers mis à disposition par Franck McCourt certes, mais également du degrés d’intelligence et de capacité du futur secteur sportif. L’avantage, quelque part, c’est que l’OM repart d’une page blanche et que tout est à construire pour un nouveau projet sportif. Le propriétaire américain doit choisir un nouveau Président, un nouveau directeur sportif, et un nouvel entraineur. Pour le poste de Président, un nom est sorti en la personne de Mohamed Bouhafsi. D’un point de vue personnel, et sans aucun lien avec le concerné puisque ne le connaissant pas, cela est une très bonne idée. Jeune, caméléon, capable de s’adapter à différents contextes et assez intelligent pour s’être forgé un grand carnet d’adresse  jusqu’au milieu politique, Bouhafsi permettrait un apaisement avec les médias. Un environnement plus sain, tout en ayant une connaissance précise du milieu de foot en tant que journaliste. Les agents, les joueurs, il connait tout ça et c’est même ce qui a pu lui être reproché dans un métier de journaliste qui demande de la neutralité et aucune amitié. Mais après tout, chacun essaye d’arriver à son but. C’est, aujourd’hui, le meilleur choix possible pour l’OM et Franck McCourt.

Après la nomination du futur Président de l’OM, viendra le temps de construire un secteur sportif capable d’être assez fort dans sa connaissance du jeu et ses certitudes tactiques pour emmener l’OM plus haut. Mission franchement réalisable puisque malgré des qualités évidentes, Roberto De Zerbi n’y est pas parvenu avec des moyens (et un salaire) colossaux. Marseille doit absolument continuer sur cette idée d’un jeune entraineur, mais cette fois avec la certitude que son schéma tactique sera travaillé et un des piliers du fondement du projet sportif. Le prochain entraineur de l’OM doit avoir montré une capacité à lire les matchs, doit comprendre les différents schémas de jeu, et doit mettre en application ce qu’il estime être la meilleure façon de faire jouer l’OM. Fini les errements tactiques, fini le laboratoire d’essai, l’OM doit être entrainé par un jeune capable de dire « tactiquement, nous allons jouer de cette façon ». Là encore, les prétendants ne manqueront pas, et la personne idéale sera étudiée. Qui cela peut-être ? Un ancien joueur, un journaliste web pour une première expérience, les deux ensemble. Peu importe à vrai dire, car ce qui va compter c’est l’intelligence dans la mise en place tactique et l’entente avec les joueurs.

Bouhafsi peut rendre Marseille plus serein, reste à savoir qui va faire gagner l’OM tactiquement

Les prochaines étapes de l’OM sont donc connues, choisir un Président, choisir un secteur sportif, et entamer un nouveau cycle plus apaisé pour permettre à l’OM de décrocher des trophées. Chose qui n’a pas été fêtée sur le vieux Port depuis 14 ans. Cela méritera bien une petite baignade, mais surtout cela récompenserait un peuple qui mérite de connaitre la joie après tant de déconvenues. Un cycle de moins de deux ans s’achève dans le conflit, le prochain doit être placé sous le signe de la bienveillance et de l’intelligence. De toute part. Le dialogue sera d’ailleurs important. L’environnement de l’OM a souvent été ingérable, mais il semble qu’il puisse s’apaiser s’il est intégré et s’il apprécie ceux qui auront la charge de mettre en place tactiquement sur le terrain de football. Une figure importante du supportérisme marseillais, Rachid Zeroual, semble déjà opposé à l’arrivée de Mohamed Bouhafsi, mais Zeroual va devoir comprendre qu’il peut aider et qu’il peut apporter autrement qu’en se plaçant en Père Fouettard. Avoir une présence et un rôle dans les futures mises en place, pour comprendre et construire. A moins qu’il ne préfère vivre dans le chaos.

L’OM est un club particulier, où la ferveur se mélange souvent à l’hystérie, mais où la passion doit permettre de réaliser de très belles choses. 14 ans sans titre c’est trop long, le prochain cycle sportif doit être celui de la victoire. C’est ici que tout le monde doit comprendre que le prochain entraineur devra être soutenu, peu importe d’où il vient. De Marseille, de Paris, de la planète Mars, c’est avec une intelligence et une connaissance de la mise en place tactique que l’OM parviendra à réaliser de grandes choses. Viendra certainement le temps d’un nouveau propriétaire, mais pour vendre l’OM à un prix intéressant qui amènera uniquement un propriétaire extrêmement fortuné, le club doit être performant sportivement avant cela.

La feuille de route est connue, il reste désormais le plus important : la qualité de ceux qui auront la charge de construire. Une chose est sûre, ce ne sera pas la mise en place actuelle. A Marseille, ensemble, d’imaginer l’avenir immédiat de son club. En gardant en tête que la critère principal est celui de la connaissance du jeu sur le terrain, de l’aspect tactique, et de la volonté de faire gagner l’OM. L’expérience ne doit pas entrer en compte, beaucoup ont montré que le nouveau football, moderne, pouvait se passer de dinosaures qui ont fait plus de mal qu’autre chose. Ils étaient proche de tuer le football, à Marseille de le faire revivre.

Emmanuel Trumer